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Full text of "Saint Dominique Savio"

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AVANT-PROPOS 


Uc 


OICI une belle histoire, une histoire 

toute simple qui peut devenir ton histoire à toi si tu le veux, 
avec la grâce du Bon Dieu. 

Il s’agit d’un garçon de ton âge qui, parce qu’il a su 
puiser auprès de Jésus-Hostie et de Notre-Dame les énergies 
dont il avait besoin, a bien fait tout ce qu’il avait à faire. 

Il n’est pas resté longtemps sur la terre : quinze ans à peine. 

Il a eu, comme toi, des parents, des frères et des sœurs. 

Il a été en classe, a eu des camarades : des bons et des 
mauvais. 


Mais il a eu une maman qui, tout petit, lui a appris à 
converser avec Jésus comme avec un grand Ami à qui l’on dit 
tout, à qui l’on demande tout. 

Il a eu confiance en un saint prêtre : Don Bosco, qui l’a 
aidé à dompter son caractère et à être joyeux, même quand cela 
n’allait pas comme il voulait. 



Sous l’influence de Don Bosco, Dominique a compris 
qu’un chrétien c’est quelqu’un qui ne vit pas pour soi, mais 
pour les autres, quelqu’un qui pense aux autres avant de penser 
à soi. 

Il s’est efforcé d’être un chic camarade, toujours prêt à 
rendre service, mais aussi soucieux de rendre les autres heureux, 
en les aidant à devenir meilleurs. 

Il n’a pas limité ses prières et ses préoccupations à lui- 
même ou à son entourage , mais il a étendu sa pensée à toute 
l’Église, à toutes les intentions du Souverain Pontife. 

Il a été hanté par l’ardent désir de la conversion de 
V Angleterre ; il a souhaité qu’il y ait des apôtres de l’enfance 
à travers le monde entier. 

En lisant sa vie tu comprendras mieux qu’il n’est pas 
nécessaire de vivre vieux ni de faire des choses extraordinaires 
pour devenir un saint, et que tout chrétien, toi comme les autres, 
est appelé à le devenir. 

Gaston COURTOIS 





CHATEAU NEUF H0NDONIO 
D ASTI . 


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LES 8ECCHI 


PAYS D ASTI 


1 Prends ton atlas. Regarde à la page 
de l'Europe, au sud des Alpes. 

C'est là, en Italie du Nord, à quatre 
lieues de Turin, que se trouve le village 
de Riva, où naît, le 2 avril 1842, le petit 
Dominique Savio. 


2 Son père, Charles Savio, est forgeron. 

Sa mère, qui s'appelle Brigitte, est 
couturière. 

Ils sont jeunes encore : lui a 26 ans, 
elle 22 ans. 

Ce sont d'excellents chrétiens qui, sans 
être dans la misère, vivent pauvrement. 



3 Mariés depuis deux ans, ils ont eu 
un grand chagrin. Il y a un peu plus 
d'un an, leur premier bébé est mort au 
bout de quinze jours. 

Tout en sachant que leur enfant, baptisé, 
est déjà au ciel, ils ont eu beaucoup de 
peine. 


4 Mais souvent le départ pour l'éternité 
d'un tout petit attire sur la famille 
des grâces précieuses. 

C'est ce qui arrivera plus tard chez 
Monsieur et Madame Martin, les parents 
de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus \ 


(1 ) Voir, dans la même collection : Sainte Thérèse 
de l'Enfant-Jésus, par Agnès Richomme. 







5 Dominique devait être l'aîné d'une 
série de neuf enfants. 

Né à 9 heures du matin, il est baptisé 
le soir même à 17 heures. 

C'était le samedi de Pâques, et la joie 
de cette naissance rejoignait, dans le cœur 
des heureux parents, l'Alleluia des fêtes 
pascales. 


6 La maman a toujours une très grande 
influence sur l'âme de son enfant, 
même tout petit. 

La maman de Dominique aime tendre- 
ment la sainte Vierge. Elle lui confie son 
bébé et une médaille le protège, au-dessus 
de son berceau. 



7 La statue de Notre-Dame est placée 
sur la cheminée. 

Avant que l'enfant puisse même com- 
prendre son geste, la maman guide le 
petit bras pour envoyer des baisers à la 
Vierge. C'est un geste auquel Marie, qui 
aime tant les enfants, répond toujours. 


8 Son nom et celui de Jésus sont les 
premiers que Dominique apprend à 
balbutier, en même temps que ceux de 
papa et de maman. 

Il a à peine dix-huit mois que déjà il 
répète de son mieux les mots très courts, 
mais pleins d'amour, que sa maman lui 
apprend pour sa prière du soir. 









9 II a deux ans quand le jeune foyer, 
qui n'arrive pas à gagner sa vie à 
Riva, décide de déménager et de s'installer 
à Murialdo, hameau qui appartient au 
village de Châteauneuf-d'Àsti. 

Dominique a une faible santé. Murialdo 
est sur une colline ; l'air ne peut manquer 
de lui faire du bien. 


10 II est un enfant volontaire, mais il 
corrige déjà l'entêtement par le désir 
qu'il a de faire plaisir au Bon Dieu et à 
ses parents. 

Sa maman lui a appris l'Angelus, et dès 
l'âge de quatre ans il dit avec elle, trois 
fois par jour, la belle prière qui rappelle 
le mystère de l'Incarnation. 


1 1 Ses parents ont pris l'habitude de 
réciter ensemble le chapelet, au 
retour du travail. 

Un jour, ils entendent leur petit garçon 
s'approcher et commencer à répondre aux 
« Je vous salue, Marie... » 


12 Au bout d'une dizaine, papa de- 
mande : 

« Dominique, n'es-tu pas fatigué ? 

— Oh non ! Je veux continuer avec 
vous. » 

Et c'est ainsi que, tous les soirs, Domi- 
nique récitait les cinq dizaines avec son 
papa et sa maman. 








13 Parfois, Dominique disparaît. 


On le cherche, et on le trouve caché, 
silencieux, dans un coin de la maison, assis 
sur un petit tabouret. 

« Que fais-tu là, Dominique ? 

— Oh ! maman, je pense et je parle 
au Bon Dieu... » 



14 A cinq ans, ses parents l'emmènent 
avec eux à l'église pour assister à la 

messe. 

Maman lui explique en détail le sens des 
cérémonies. De tous ses yeux, Dominique 
regarde les gestes du prêtre. De tout son 
cœur, il s'unit aux prières de l'autel que sa 
maman lui a traduites dans son langage 
enfantin. 



15 Et il faut que maman lui raconte 16 II comprend aussi que la messe est 

toute l'histoire de Jésus. le grand moyen d'attirer sur le monde 

Le récit de la Passion le bouleverse. Il les grâces de pardon méritées par Jésus, 

comprend le grand malheur qu'est la 

désobéissance des hommes envers le Bon II est encore trop jeune pour pouvoir 

Dieu, puisqu'il a fallu les souffrances de communier, mais son désir est grand 

Jésus pour leur mériter le pardon. d'assister au moins au Saint-Sacrifice. 








17 Justement, Don Zucca, le curé du 
village cherche un entant de choeur 
qui veuille bien lui servir la messe tous les 
matins de très bonne heure. Dans ce pays 
fervent, nombreux sont les chrétiens coura- 
geux qui désirent .venir à la messe avant 
d'aller au travail. 


18 Dominique demande à son papa et 
a sa maman la permission de servir 
la messe tous les jours. 

« Mais, tu es encore bien petit : tu n'as 
même pas six ans!... L'église est loin... et 
puis Monsieur le Curé la dit si tôt le 
matin ! 


19 — Oh! mon petit papa, laisse-moi 

y aller... Je prierai pour toi, et je 
serai si heureux de servir à l'autel ! » 

Maman Brigitte se laisse aussi convaincre 
et décide qu'elle ira accompagner son petit 


20 Dominique apprend bien vite les 
réponses et le service de l'autel, et 
quand sa maman, malade ou retenue par 
les soins du ménage, ne peut l'accompagner 
à l'église, il demande à son ange gardien 
de l'éveiller à temps et il se lève rapide- 
ment pour ne pas être en retard. 


garçon. 







21 II arrive parfois avant Monsieur le 
Curé et, en attendant, se met à 
genoux devant la porte fermée de l'église, 
sans faire attention au froid ou à la neige. 

Monsieur le Curé en est tout ému et 
s'empresse d'ouvrir les portes. 



22 Dominique sert la messe avec un 
grand recueillement. 

Sa grande peine, c'est de ne pouvoir 
communier. Il voudrait tant recevoir Jésus ! 
Un jour, il n'y tient plus et, après la messe, 
il dit à Don Zucca : 

« Oh ! Monsieur le Curé, quand me 
donnerez-vous Jésus ? » 



23 L'enfant n'a que sept ans, et à ce 
moment-là on ne faisait pas sa pre- 
mière Communion avant douze ans. Mais 
il sait déjà très bien son catéchisme, sa 
piété est sincère ; Monsieur le Curé n'hé- 
site pas : 

« Eh bien ! Dominique, tu pourras faire 
à Pâques ta première Communion ! » 



24 Dominique redouble de gentillesse 
et de prévenances à la maison. Tou- 
jours volontaire pour les commissions à 
faire, les services à rendre, il cherche aussi 
foutes les occasions d'accomplir un petit 
sacrifice et, plus encore, de faire plaisir 
à ceux qui l'entourent. 







25 Le soir, il va à la rencontre de son 
papa qui revient de la forge bien 
fatigué. 

Et c'est la meilleure récompense pour 
l'ouvrier que de voir son Dominique venir 
au-devant de lui et lui sauter au cou. 

« À ce moment-là, dira-t-il plus tard, 
toute ma fatigue de la journée disparais- 
sait ! y> 


26 La veille de Pâques, Dominique s'est 
confessé. 

Il a obtenu le pardon de Dieu pour ses 
fautes d'enfant ; mais il veut obtenir le 
pardon de ses parents. 

Et, à genoux, il demande leur béné- 
diction. 



27 Papa et maman sont émus jusqu'aux 
larmes. Ils relèvent Dominique en 
l'embrassant tendrement : 


28 Et, avec toute sa foi, maman Brigitte, 
en vraie maman chrétienne, redit la 
phrase que Blanche de Castille disait à 
saint Louis : 


« Mon petit Dominique, nous t'avons 
déjà pardonné. Que le bon Jésus garde 
ton cœur toujours bien pur ! » 


« Tu sais combien je t'aime, mon enfant. 
Eh bien ! je préférerais te voir mort à mes 
pieds que de te savoir coupable d'un seul 
péché mortel... y> 









29 Le lendemain, 8 avril 1849, c'est le 
jour de Pâques. 


Dominique, accompagné de papa et de 
maman, reçoit pour la première fois Jésus 
tout vivant dans l'Hostie, en l'église de 
Châteauneuf-d'Àsti. 



30 C'est dans cette même église que, 
quelques années auparavant, Jean 
Bosco avait fait sa première Communion ; 
Jean Bosco \ ce prêtre admirable que 
Dominique devait rencontrer quelques an- 
nées plus tard, pour le plus grand bien 
de son âme. 

(1) Ne manque pas de lire, dans la même 
collection, la vie de Saint’ Jean Bosco. 



31 La cérémonie dure longtemps. Mais 32 Le soir, de son écriture fine, Domi- 

Dominique ne semble pas fatigué. Il nique trace ses résolutions : 

prolonge même son action de grâces plus 1° Je me confesserai souvent et je com- 

longuement que tous les assistants. Il faut munierai toutes les fois que mon confesseur 

que papa et maman l'interrompent, car il me I e permettra. 

n'y a plus qu'eux dans l'église et l'heure 2° Je veux bien sanctifier les jours de 

de déjeuner approche. fête. 








33 3° Mes amis seront Jésus et Marie. 

4° Plutôt la mort que le péché. 

« Plutôt la mort que le péché ! » Tu 
reconnais là la phrase de Blanche de 
Castille, répétée par maman Brigitte... 
C'est le péché qui attire le malheur des 
hommes. Si tout le monde comprenait cela ! 


34 C'est pourquoi Dominique sent gran- 
dir en son cœur le désir de réparer 
pour les pécheurs et de les sauver. 

Il sait qu'après la sainte messe et la 
communion, le premier moyen, c'est de 
bien remplir son devoir d'écolier. 


35 H va régulièrement à l'école du 
hameau. 

À neuf ans, il a appris tout ce qu'on 
pouvait y apprendre. Il a une bonne mé- 
moire. Il est intelligent. Il est le premier 
de sa classe. 

Il y a bien, à Châteauneuf-d'Asti, une 
école plus avancée, mais c'est loin ! 


36 Quatre kilomètres quatre fois par 
jour, cela fait quatre lieues. C'est 
beaucoup pour un petit bonhomme de 
dix ans... 

Papa et maman Savio hésitent. 

Ils ne sont pas assez riches pour mettre 
Dominique en pension à Châteauneuf. 






37 L'enfant a tellement le désir de 
s'instruire qu'ils finissent par céder 
et, à partir du 21 juin, été comme hiver, 
Dominique fait la route quatre fois par jour. 

Il semble que les garçons, dans ce temps, 
étaient plus courageux que ceux d'aujour- 
d'hui... Qu'en penses-tu ? 


38 C'est à la même époque que, pour 
le même motif, pieds nus, souliers sur 
l'épaule pour ne pas les user, Joseph Sarto 
faisait, lui aussi, près de quatre lieues 
chaque jour de Riesa à Castelfranco. 

Il devait devenir saint Pie X, et être 
canonisé deux semaines avant Dominique. 



39 Un après-midi d'été, un passant 
rencontre Dominique : 


« Tu n'as pas peur d'aller comme cela 
tout seul, mon enfant ? » 

Remarque la réponse de Dominique, qui 
te révèle comment il occupait le temps de 
ses longues marches : 



40 « Je ne suis jamais seul. Monsieur. 

J'ai mon ange gardien sans cesse à 
côté de moi ! 

— Mais c'est fatigant de faire un tel 
chemin quatre fois par jour, surtout par 
cette chaleur... 

— Oh ! Monsieur, rien n'est fatigant 
quand on travaille pour un patron qui 
paie bien. 








41 — Ah ? Et qui est ce patron ? 

— C'est le Bon Dieu, qui récom- 
pense même un verre d'eau donné pour 
son amour... » 


42 Don Alexandre Allora est un excellent 
maître. 

Sous sa conduite, Dominique fait d'éton- 
nants progrès. 


Dans le silence de ses longues marches Mais ses camarades sont jaloux de lui. 

solitaires, Dominique Savio trouvait le Certains veulent l'entraîner au mal. Par 

temps court à aimer Jésus et à Lui parler. deux fois, il résiste victorieusement. 



43 La route, fatigante l'été, est éprou- 
vante, l'hiver, pour des poumons 
fragiles. Dominique tombe malade. 

Au printemps 1853, papa et maman 
Savio décident de quitter Murialdo pour 
s'installer à Mondonio. Il y a là une école 
excellente, que dirige Don Joseph Cugliero 
et où l'on peut même apprendre le latin. 


44 Depuis plusieurs mois, en effet, 
Dominique a le désir de devenir le 
prêtre de Jésus. Et il en explique la raison 
à son nouveau maître : 

« Je voudrais devenir prêtre pour sauver 
mon âme et beaucoup d'autres avec. Il n'y 
a pas de plus belle vie que celle qui 
consiste à aider Jésus à sauver le monde... » 








45 I! s'efforce de ressembler toujours 
plus à ce Jésus. 

Voici qu'un matin d'hiver, ses camarades, 
en son absence, bourrent le poêle de la 
classe avec des cailloux. La veille, le maître 
avait pourtant bien soigneusement préparé 
le bois pour qu'au matin une bonne flambée 
vienne réchauffer les enfants transis de 
froid. 



46 Le feu ne prend pas... Le maître 
s'étonne, ouvre le poêle, découvre 
les pierres.- On y avait même ajouté de la 
neige ! 

« Qui a fait cela ? » 

Et voici que les coupables, méchamment, 
disent : 

« Dominique ! » 



47 Le maître est étonné. 

« Dominique, c'est toi ? » 

Dominique ne répond pas. 

« Mets-toi à genoux au milieu de la 
classe. » 

Dominique obéit sans rien dire. 

Le lendemain, les coupables se dénon- 
cent et demandent pardon. 


48 Le maître interroge Dominique : 

« Pourquoi, hier, lorsque tu as été 
accusé, n'as-tu pas répondu ? 

— Pour épargner à mes camarades 
d'être renvoyés, et aussi pour ressembler à 
Jésus. » 

Dominique savait par cœur le récit de 
la Passion, et y pensait souvent... 







49 Le 13 avril, il y a grande fête à 
Châteauneuf : Monseigneur l'Evêque 
est venu confirmer tous les enfants des 
environs. 

Dominique est parmi eux. Il sait que ce 
sacrement lui apporte une abondance plus 
grande des dons du Saint-Esprit. De toute 
son âme, il promet à Jésus de Lui appartenir 
pour toujours et de lutter pour Lui comme 
un vaillant soldat. 


50 Le moment serait venu pour Domi- 
nique d'entrer au petit séminaire, 
mais ses parents sont trop pauvres pour 
payer sa pension. 

Don Cugliero, à qui il s'est confié, se 
souvient qu'il a eu comme compagnon de 
séminaire un certain Don Bosco qui s'est 
totalement consacré à la jeunesse, et a 
ouvert, à Turin, un petit collège. 



51 Justement, Don Bosco doit venir 
prochainement dans la région. 

Chaque année, il amène, fin septembre, 
chez son frère, aux Becchi, une colonie de 
vacances de garçons avec lesquels il vient 
faire les vendanges et fêter Notre-Dame 
du Rosaire. 


52 Don Cugliero prend la diligence pour 
Turin, entre dans la chambre de Don 
Bosco qui commence à devenir célèbre. 

Don Bosco a trente-neuf ans. Il a fondé 
l'Oratoire. Six cents garçons fréquentent 
son patronage du dimanche, près d'une 
centaine sont internes à son école d'appren- 
tissage et à son collège. 







53 N dirige des revues catholiques. Il a 
écrit plusieurs ouvrages pour l'instruc- 
tion religieuse des milieux populaires. 


Don Cugliero lui demande d'accepter, 
dans son collège, le jeune Dominique. 

« Eh bien ! puisque je vais aux Becchi 
dans quelques jours, demande donc à son 
père de me le présenter... » 



54 Un beau matin d'octobre, papa Savio 
et son fils entrent aux Becchi. 


Don Bosco, qui les attend, s'approche, 
et tout de suite Dominique se sent compris. 

Avec simplicité, il raconte sa vie, ses 
études, ses désirs et il pose avec ardeur la 
question capitale : 



55 « Don Bosco, acceptez-vous de 

m'emmener à Turin avec vous ? 

— je ne dis pas non, répond Don 
Bosco. Il me semble qu'il y a en toi de la 
bonne étoffe. 

— À quoi pourra-t-elle servir ? 

— À faire un bon habit à offrir au 
Seigneur... 


56 — Oh ! je comprends... C'est moi 

l'étoffe, et vous, vous serez le tailleur ! 
J'accepte volontiers d'être « taillé » par 
vous pour Jésus... 

— Mais il faut que je voie si tu es 
capable d'étudier... Tiens, pendant que je 
vais causer un peu avec ton papa, prends 
ce journal (il s'appelle Les Lectures Catho- 
liques), étudie-moi cette page. Tu me la 
réciteras demain. » 









57 Dix minutes ne se sont pas écoulées 
que Dominique est de nouveau là, 
brochure en mains. 

« Père, si vous le voulez, je vous récite 
la page. Je la sais déjà... » 

Dominique la répète sans une faute, et 
répond avec clarté à toutes les questions 
que Don Bosco pose sur le texte. 


58 « Bravo, Dominique ! dit alors Don 

Bosco. Tu as devancé le moment de 
ta récitation. Eh bien ! moi, je devance 
Theure de ma réponse : c'est entendu, tu 
viendras à Turin. Dès maintenant je te consi- 
dère comme l'un de mes chers enfants. » 

Dominique bondit de joie. Dans l'élan 
de son cœur, il embrasse la main de Don 
Bosco et lui dit : 



59 « J'espère si bien me conduire que 

vous n'aurez jamais à regretter de 
m'avoir pris avec vous... » 

Quelques jours plus tard, le 29 octo- 
bre 1854, Dominique Savio dit au revoir 
à ses parents, à ses frères et sœurs, aux 
habitants de son petit village. 


60 H prend la vieille diligence qui, après 
plusieurs heures d'une route caho- 
tante, le dépose à l'entrée de Turin. 

C'est la première fois qu'il arrive dans 
une ville. Turin, à cette époque, a cent 
soixante mille habitants. Quel bruit, en 
comparaison de son paisible Mondonio ! 









61 II traverse les halles ; c'est l'heure 
du marché. Il est surpris de voir tant 
de monde qui crie et gesticule. 

Mais voici qu'en se guidant sur les indi- 
cations que Don Cugliero lui avait écrites 
sur un papier, il reconnaît, pas très loin de 
l'hôpital Cottolengo, la maison de l'Ora- 
toire. 


62 II demande au portier la chambre du 
Père. 

Il monte au premier étage, frappe à la 
porte, entend : « Àvanti !» ] , et se trouve 
en face de Don Bosco qui écrit à sa table. 

Devant lui, un tableau représente saint 
François de Sales et, au-dessus, sont écrits 
en grosses lettres cinq mots latins. 


(1) En italien, cela veut dire : « Entrez », 

« avancez ». 



63 Un bon sourire et deux mains tendues 
accueillent le petit voyageur que Don 
Bosco retient près de lui. 

Selon son habitude, le bon Père lui 
demande des nouvelles de sa famille, de 
Monsieur le Curé de Mondonio, de son 
voyage... 


64 La conversation s'engage. 

Mais Don Bosco remarque que le 
jeune garçon fixe l'inscription qui est au- 
dessus du tableau. 

« Es-tu assez fort en latin pour expliquer 
ces cinq mots : Da mihi animas> caetera 
toile ? » 







67 Dès le lendemain, Dominique, avec 
une douzaine de camarades de son 
âge, suit les cours de latin et de grec 
donnés par un excellent maître qui s'ap- 
pelle Bonzanino. 

Cet ami de Don Bosco accepte gratui- 
tement les garçons de l'Oratoire au milieu 
des jeunes gens appartenant aux familles 
riches de la ville. 


68 Dominique a compris que c'est dans 
le devoir d'état qu'un chrétien trouve 
les meilleures occasions de glorifier Dieu et 
de mériter la conversion des pécheurs. 

Aussi, il s'applique de toute sa volonté 
à l'étude, ce qui lui permet bientôt de 
monter d'une classe. 


65 Dominique s'y essaie et traduit les 
premiers mots : 

« Seigneur, donnez-moi des âmes. Mais 
caetera toile, qu'est-ce que cela veut 
dire ? » demande Dominique. 

« Eh bien ! c'est un marché avec le Bon 
Dieu, répond Don Bosco. Je Lui demande 
des âmes et je Le paie en Lui cédant tout 
le. teste. 


66 — Ah ! je comprends... Ce n'est pas 

comme aux halles, tout à l'heure : on 
n'achète pas des marchandises, on achète 
des âmes ! Mais comment s'y prendre ? 

— En faisant bien ce que l'on a à faire. 
Ainsi, c'est la récréation, descends dans la 
cour, tu trouveras des camarades, mets-toi 
à jouer avec eux ! » 






69 Le 8 décembre 1854, a lieu un 70 Jamais le démon n'a eu de prise sur 

grand événement historique : c'est le celle qui devait devenir la maman 

jour où, à Rome, le Pape Pie IX proclame de Jésus... 

le dogme de l'Immaculée-Conception. 

Cette fête est célébrée avec enthou- 

Tu sais ce que cela veut dire : depuis siasme dans toute la Chrétienté, 

le premier instant de son existence, la 

Vierge Marie, préservée de la tache du À l'Oratoire de Don Bosco, où l'on aime 

péché originel, a été remplie de la grâce tellement la sainte Vierge, c'est une 

du Bon Dieu. journée de grande ferveur. 



71 Le soir, en se couchant, Dominique 
renouvelle sa consécration à Marie 
Immaculée, et la supplie de le garder 
toujours bien pur. 

Il prend la résolution de se confesser 
désormais, è Don Bosco, tous les huit jours. 
Ces entretiens avec le saint prêtre aident 
Dominique à mieux comprendre ce que 
Dieu attend de lui dans l'humble détail du 
devoir quotidien. 


72 Un dimanche de carême 1855, Don 
Bosco fait un sermon sur le devoir 
qu'il y a pour chacun de devenir un saint. 
Le Bon Dieu le veut, et c'est le plus sûr 
moyen d'être vraiment heureux et de faire 
du bien aux autres. 

« Il faut que je devienne un saint! » 
se répète toute la journée Dominique. 







73 Et le voici qui se met à multiplier 
les sacrifices et à faire de rudes 
pénitences. 


74 « Attention, dit-il, tu prends une 

mauvaise route : tu es trop tendu et 
tu as mal compris ce que c'est que la 
sainteté. 


Don Bosco ne tarde pas à remarquer 
qu'il y a quelque chose de changé chez 
son élève, lequel semble bien avoir perdu 
sa bonne humeur et son entrain habituel. 


Un saint triste est un triste saint, ne 
l'oublie pas, Dominique. 

La sainteté consiste surtout à faire géné- 
reusement la volonté du Bon Dieu, avec 
un bon sourire... » 



75 Dominique a compris. 

Il a retrouvé la paix et, quelques jours 
après, il écrit à l'un de ses camarades : 

« Ici, à l'école de Don Bosco, nous 
faisons consister la sainteté à faire joyeuse- 
ment notre devoir d'état, aussi bien à 
l'heure de la récréation qu'aux heures de 
classe. » 


76 H se montre de plus en plus gai 
compagnon, boute-en-train dans les 
jeux, et toujours prêt à raconter une bonne 
histoire pour réjouir ses camarades. 

Tout le monde l'aime et le respecte. Son 
influence sur les autres grandit. 





77 Un jour, il apprend qu'un duel se 
prépare entre deux de ses camarades 
plus âgés que lui. 


Les deux garçons, très coléreux, ont 
décidé de se battre à coups de pierres. 

Dominique essaie de les dissuader, mais 
ils sont trop énervés, trop dressés l'un 
contre l'autre pour l'écouter. 



78 « Eh bien ! soit, vous vous battrez, 

dit Dominique, mais laissez-moi vous 
poser une condition... 


— Pourvu qu'elle n'empêche pas le 
combat !... 

— Entendu, je vous la dirai sur le 
terrain. 



79 — Tu veux nous trahir et te mettre 

à appeler ? 


— Non ! Je vous en donne ma parole ! » 

Les deux adversaires ont choisi un 
terrain vague hors de la ville. Ils s'écartent 
de quelques pas et saisissent chacun cinq 
pierres. 



80 Dominique est là. 

« Attendez ! leur dit-il en se plaçant 
au milieu d'eux. Voici ma condition... » 

En même temps, il élève un crucifix. 

« Je veux que chacun de vous regarde 
bien Jésus en croix, puis qu'ensuite il dise 
à haute voix : 









81 Jésus innocent est mort en pardon- 
nant à ses bourreaux, et moi, pécheur, 
je veux me venger!... » 

Puis, il se met à genoux devant le plus 
âgé et lui dit : 

« Frappe ! Lance sur ma tête la pre- 
mière pierre ! » 


82 L'autre, étonné, lui répond : 

« Mais, je n'ai rien contre toi. Je 
suis même prêt à te défendre... » 

Il va au second et reçoit la même 
réponse. Alors, brandissant toujours son 
crucifix, il s'écrie : 



83 « Vous n'hésiteriez pas à vous exposer 

pour moi qui ne suis rien, et pour 
une insulte vous risquez le salut de votre 
âme qui a coûté le Sang de Jésus ! » 

Emus et bouleversés, les deux gaillards 
se réconcilient et se font conduire par 
Dominique à un confesseur. 



84 ‘ Parmi les enfants et les jeunes gens 
qu'abritait la maison de Don Bosco, 
il y avait de tout, des mauvais autant que 
des bons. 

Beaucoup d'ailleurs n'avaient pas eu 
d'enfance chrétienne et avaient été victimes 
de bien mauvais exemples dans leur pre- 
mier âge. 









85 Don Bosco les aime tous également 
et veut le salut de tous. 

Il demande à Dominique de s'intéresser 
au salut de tous ses frères, même des moins 
bons. 

Certains accusent Dominique d'être l'es- 
pion du Père. 


86 Un jour, l'un d'entre eux, énervé par 
une observation — pourtant gen- 
tille — de Dominique, lui envoie en plein 
visage un coup de poing accompagné de 
ces mots : 

« Tiens, porte ça de ma part à Don 
Bosco ! » 

Dominique saigne, mais il ne bronche 
pas sous l'insulte. 



87 II accepte avec un bon sourire cette 
souffrance et, quelques jours après, 
obtient par son sacrifice la transformation 
de son agresseur. 

Jamais Dominique ne dénonce quel- 
qu'un, mais si un mauvais camarade 
apporte un illustré malsain, il lui fait 
comprendre énergiquement le mal qu'il 
peut faire. 


88 Et si l'autre fait mine de ne pas 
comprendre, il lui arrache d'autorité 
le journal des mains, et le déchire en 
morceaux : 

« Si tu apportes à ton moulin du blé 
flétri, tu en sortiras de la farine avariée ! 
Ici, nous voulons rester propres, ne viens 
pas nous empoisonner avec tes saletés... » 







89 En quelques mois, les mauvais illustrés 
disparaissent de la maison. 


Avec l'autorisation de Don Bosco, Domi- 
nique réunit alors quelques camarades plus 
fervents. Il les invite à fonder avec lui la 
Compagnie de l'immaculée- Conception. 


90 Le but de cette Compagnie est de 
faire plaisir a la sainte Vierge par 
l'obéissance au règlement de la maison, 
l'ardeur au travail, le souci d'aider les 
camarades. 

« Si je pouvais gagner à Dieu tous mes 
camarades, comme je serais heureux ! » 
• dit-il souvent à Don Bosco. 



91 Les Compagnons de la sainte Vierge 
s'engagent à faire le catéchisme aux 
retardataires, et prennent en charge, par 
la prière, le sacrifice et le dévouement, les 
camarades les plus durs de l'Oratoire. 

Vingt-et-un articles précisent les réso- 
lutions des Compagnons de l'immaculée. 


92 Dominique, par modestie, refuse 
d'être le président du groupe qu'il 
a fondé. 

C'est le jeune Rua qui en accepte la 
direction. 

Le 8 juin 1856. la Compagnie de 
l'Immaculée-Conception est officiellement 
constituée. 










93 Quand, le 17 décembre 1859, les 
dix-huit premiers Salésiens se consti- 
tueront en Société religieuse, dix-sept 
d'entre eux seront d'anciens compagnons 
de Dominique, et le président deviendra 
Don Rua, le premier successeur de Don 
Bosco ,- mais à ce moment-la, Dominique 
sera déjà au ciel. 


94 C'est une habitude instituée par Don 
Bosco de réunir tous les soirs son 
monde autour de lui. 

Il en profite pour donner des avis d'édu- 
cation, de piété, pour raconter ces belles 
histoires dont il a le secret, mais aussi pour 
développer chez ses auditeurs l'amour de 
la sainte Eglise. 


95 En ce milieu du XIX e siècle, on 
parle beaucoup de la conversion de 
l'Angleterre. 

Trois cents ans auparavant, le roi 
Henry VIII, irrité contre le Pape qui 
avait refusé d'autoriser son divorce, s'était 
révolté et était passé au protestantisme. 


96 Pendant près d'un siècle, les catho- 
liques furent persécutés. 

C'est par milliers que, sous le règne 
d'Elizabeth, prêtres et fidèles subirent le 
martyre. 

Beaucoup durent s'exiler, ou tout au 
moins se cacher. 








97 Mais, vers 1840, la situation s'amé- 
liore. Des évêques catholiques sont à 
nouveau nommés par le Pape. Monseigneur 
Wiseman, archevêque de Westminster, est 
créé Cardinal. 

Des Anglicans célèbres, comme Newman 
et Manning, étudiant l'Histoire, se rendent 
compte de la grande erreur qui a coupé 
l'Angleterre de Rome. 


98 En 1845 a lieu la conversion de 
Newman, en 1851 celle de Manning. 
Tous les deux devinrent plus tard cardinaux. 

Don Bosco met ses enfants au courant 
de ces grandes nouvelles du monde catho- 
lique, et le coeur de Dominique vibre à 
l'unisson du cœur de son maître. Il prie 
ardemment pour la conversion de l'Angle- 
terre. 


99 Un matin, il confie à Don Bosco : 

« Père, pendant mon action de 
grâces, j'ai beaucoup prié pour l'Angle- 
terre. Comme je voudrais partir là-bas pour 
faire connaître et aimer le Pape ! En esprit, 
j'ai vu le Souverain Pontife. L'Angleterre 
un jour se convertira et redeviendra catho- 
lique... » 


100 Dominique a une dévotion grandis- 
sante envers la sainte Eucharistie. 
Non seulement il communie tous les jours 
(ce qui, pour l'époque, est exceptionnel) 
mais il prépare sa communion par de 
nombreux actes de désir et par de petits 
sacrifices cachés qui prouvent ainsi son 
amour pour Jésus-Hostie. 










101 Quand il a communié, il revient à sa 
place, met la tête dans ses mains, et 
reste longtemps en conversation avec Jésus, 
dans une action de grâces qui se prolonge 
bien au-delà de la fin de la messe. 

Il a tellement de choses à demander et 
à dire à Jésus ! 


102 Un jour, Dominique semble avoir 
disparu. 

Il n'est pas venu en classe. Il n'est pas 
présent au repas de midi. Il n'est pas à la 
récréation. 

On le cherche partout. On est inquiet. 
On prévient Don Bosco. 



103 Le Père se rend à l'église et, derrière 
l'autel, trouve Dominique immobile 
comme une statue, le regard fixé sur le 
tabernacle. 

« Eh bien ! Dominique... » appelle Don 
Bosco. 

Dominique ne bronche pas. Don Bosco 
le prend par le bras, le secoue. 


104 Dominique semble se réveiller : 

« Oh ! mon Dieu... la messe est déjà 

finie ? 

— Mais, mon pauvre enfant, dit Don 
Bosco, il est deux heures de l'après-midi ! 

— Oh ! je ne m'en doutais pas... Père, 
pardonnez-moi d'avoir manqué au règle- 
ment de la maison ! » 








105 C'est maman Marguerite, la mère de 
Don Bosco, qui s'occupe de la cuisine 
et de l'infirmerie. 

Plusieurs fois, elle a remarqué la piété 
de Dominique. 

« Tu as beaucoup de bons jeunes gens 
ici, dit-elle un jour à son fils, mais aucun 
ne vaut cet enfant... » 



106 A plusieurs reprises, la ville de Turin 
est éprouvée par des épidémies de 
choléra qui font de nombreuses victimes. 


Don Bosco et ses compagnons se dé- 
vouent auprès des malades et, chose mer- 
veilleuse, aucun d'entre eux n'est atteint 
par le mal. 



107 Un soir, Dominique frappe à la porte 
de Don Bosco : 

« Venez vite. Père, il y a un malade qui 
vous demande ! » 

Don Bosco le suit. 

« Mais, comment sais-tu qu'un malade 
a besoin de moi ? 


108 — Ne me demandez pas d'expli- 
cations, mais venez vite ! » 

Et voici que Dominique entraîne Don 
Bosco à travers les petites rues du Vièux 
Turin. Il s'arrête devant une maison de 
trois étages et dit : 

« C'est ici ! » 








109 II y a là, en effet, un homme qui 
agonise. Cet homme avait apostasié. 
Il n'avait personne pour le soigner et n'avait 
pu demander un prêtre. Mais il désirait 
beaucoup mourir en paix avec le Bon Dieu. 

Don Bosco le confesse et, quelques 
minutes après, le malade meurt entre les 
bras du prêtre, tout heureux d'avoir été 
pardonné. 


110 Un autre jour — c'était le 8 dé- 
cembre — Dominique, comme poussé 
par une force invisible, sort de l'Oratoire 
et va sonner à la porte d'une maison voi- 
sine. C'était une sorte d'hôtel. 

Le patron apparaît : 

« Que désires-tu, mon enfant ? 


111 — N'auriez-vous pas chez vous une 
malade atteinte du choléra ? 

— Grâce à Dieu, non », répond le 
brave homme. 

« Et pourtant, je suis sûr que dans 
votre maison il y a une personne très 
gravement malade... 


112 — Mon garçon, tu t'es sûrement 
trompé de porte. Nous sommes tous 
ici en excellente santé. » 

Dominique se recueille quelques instants, 
et il reprend d'une voix inquiète : 

« Excusez-moi, Monsieur, mais je suis 
certain qu'il y a là une vieille femme qui 
souffre et qui désire un prêtre... » 









113 Devant l'insistance de l'enfant, l'hô- 
telier visite toutes les chambres et, 
dans une mansarde du dernier étage, il 
voit en effet une pauvre vieille femme de 
ménage qui se tord de douleur. 

Le prêtre, appelé d'urgence, peut lui 
donner les derniers sacrements une heure 
avant sa mort. 



114 En juin 1856, Dominique tombe 
malade. 


À son tour, il entre à l'infirmerie de la 
maison. 

Mais il pense plus aux autres qu'à lui- 
même, et il aide l'infirmier à soigner ses 
petits camarades. Il aime aller de lit en lit 
réconforter chacun. 



115 Don Bosco, inquiet de voir qu'il ne 
se repose pas, l'envoie respirer l'air 
natal. En juillet et en août, Dominique est 
avec ses parents et, bien vite, ses forces 
reviennent. 

Papa et maman sont heureux de revoir 
leur cher enfant, qui est pour eux — et 
pour ses frères et soeurs — comme un 
beau rayon de soleil. 



116 À la fin du mois d'août, Dominique 
rentre à Turin. 


Mais voici qu'un jour de septembre, il 
va trouver Don Bosco et lui dit : 

« Père, permettez-moi de partir tout de 
suite pour Mondonio !... 







117 — Pourquoi donc, Dominique? Tu 
viens d'arriver de là-bas... 

— Maman est certainement très ma- 
lade... 

— Comment peux-tu le savoir? Tu n'as 
pas reçu de lettre de ton père... 

— Non, mais je le sais. Il faut que je 
parte pour que maman guérisse ! » 


118 Don Bosco sent bien que l'enfant ne 
lui ment pas. 

« Eh bien ! soit, va retrouver ta maman. 
Voici l'argent pour ton voyage. Prends la 
diligence jusqu'à Chieri et, de là à 
Mondonio, tu trouveras sans doute une 
voiture. » 


119 Dominique part immédiatement. 

Arrivé à quelques kilomètres de 
Mondonio, à un carrefour, il rencontre son 
père qui courait chez le médecin. 

« Mais, comment se fait-il, Dominique, 
que tu sois là ? 


120 — Je sais que maman est malade. 

Mais bientôt elle sera guérie ! » 

Dominique court vite à la maison, monte 
embrasser sa mère, tout étonnée de voir 
son grand fils. 

« Maman, ne t'inquiète pas, je suis 
venu te dire que la sainte Vierge allait te 
guérir... » 








121 M lui passe au cou un ruban avec une 
médaille de la sainte Vierge, et il 
s'en retourne aussitôt à Turin. 

Or, à peine est-il reparti que la maman 
se trouve mieux ; elle cesse de souffrir et, 
quelques heures plus tard, une petite 
Catherine vient agrandir le cercle de 
famille. 


122 Le médecin, appelé par le papa, 
arrive, trouve la maman et le bébé 
en bonne santé. 

« Pourquoi m'avez-vous donc appelé ? 
Tout va très bien... » 

Pendant ce temps, Dominique rend 
compte de sa journée à Don Bosco : 

« C'est fait, j'ai mis la sainte Vierge au 
cou de maman, et maman est guérie ! » 



123 L'année scolaire 1856-57 a repris. 

Dominique entre en seconde. Il suit 
les classes chez Don Picco, près de l'église 
Saint-Augustin. 

Mais ses nombreux déplacements en 
ville, les classes froides en hiver, le surme- 
nage aussi qu'il s'impose pour ses études, 
font qu'il tombe à nouveau malade. 


124 II a des migraines. Il tousse. Mais 
il ne se plaint pas et garde son beau 
sourire. 

Don Bosco, tout de même, est inquiet. 
Il l'oblige à interrompre ses études, à se 
reposer à l'infirmerie. On veille à lui 
donner une nourriture abondante. Mais 
rien ne peut enrayer le mal. 






125 Dominique, d'ailleurs, confie à plu- 
sieurs de ses amis qu'il ne restera 
plus longtemps sur la terre. 

Il a offert sa vie pour la conversion de 
beaucoup d'âmes et le succès des oeuvres 
de Don Bosco. 

Don Bosco n'en sait rien. Il est peiné 
de voir Dominique souffrant. 


126 A nouveau, il espère que l'air du 
pays remettra l'enfant sur pied. 

Il invite le papa à venir chercher son 
fils le 1 er mars. 

Au matin de ce jour, Dominique sait 
qu'il ne reviendra plus. Il demande à voir 
tous ses camarades un par un, et leur donne 
à chacun un conseil particulier. 



127 II préside une dernière réunion des 
Compagnons de l'immaculée et, avec 
une autorité étonnante, il rappelle le but 
de l'association, demandant à tous d'y 
rester fidèles. 

Puis, ce sont les adieux avec Don Bosco. 

« C'est fini. Père, je ne vous reverrai 
plus sur la terre... » 


128 Don Bosco comprend et est tout ému. 

Mais voici que Dominique veut 
consoler son maître : 

« Vous verrez, Sr. Bosco, du paradis 
je viendrai vous voir et je vous aiderai. Et 
puis, je prierai tellement pour tous mes 
camarades que j'ai tant aimés ! » 










129 Mais voici papa Savio qui vient 
chercher son fils... 

Pendant quelques jours, l'air de Mon- 
donio semble lui redonner des couleurs et 
le remettre d'aplomb. 

Tout de même, papa veut prendre toutes 
les précautions et appelle le médecin. 


130 A cette époque, la médecine était 
loin d'avoir fait les progrès qui ont 
marqué les temps actuels. 

Le médecin ordonne un remède qui est 
exactement le contraire de ce qu'il 
faudrait : il décide de faire une série de 
dix saignées. 


131 C'est toujours impressionnant de voir 
son sang couler ; alors le docteur dit 
à Dominique : « N'aie pas peur et ne 
regarde pas ce que je vais te faire... » 

Dominique se met à sourire : « Oh ! 
Docteur, c'est bien peu de chose une 
aiguille qui pénètre dans une veine, 
comparé aux clous enfoncés en pleine chair 
dans les mains et les pieds du Sauveur. » 


132 Le docteur en est tout ému. 

Mais il doit constater, après les dix 
saignées, que le mal, loin d'être vaincu, 
n'a fait qu'empirer. 

Dominique réclame Monsieur le Curé, 
lui demande le Saint Viatique et le Sacre- 
ment des malades. 






133 II répond aux prières liturgiques 
d'une voix sans doute affaiblie mais 
où Ton sent passer toute sa foi et tout son 
amour. 


134 « Du ciel, je pourrai veiller sur toi 

et protéger mes petits frères et mes 
petites soeurs. Ne t'inquiète pas. maman, 
je te serai bien plus utile encore que sur 
la terre... » 


Toute la famille entoure son lit. Sa 
maman a du mal à cacher ses larmes. 

Mais Dominique la console : 


De temps en temps, papa pousse la 
porte et interroge : 

« Dominique, as-tu besoin de quelque 
chose ? 



135 — Papa, je n'en ai plus pour long- 136 Le soir du lundi 9 mars, Dominique 

temps, mais je suis heureux et si près respire de plus en plus difficilement. 

de Jésus... » || appelle son père : 


Les voisins viennent lui rendre visite. 
Dominique leur dit simplement : « Au 

revoir, au paradis ! Quand on a Jésus 
comme Ami, on n'a peur de rien, pas même 
de la mort. Dites-le à tous !... » 


« Papa, c'est le moment... 

— Que veux-tu, mon enfant, de quoi 
as-tu besoin ? 

— Prends mon livre de messe, et lis- 
moi les prières de la bonne mort. » 







137 Maman Brigitte éclate en sanglots, 138 Elle pleure, le visage dans les mains. 

car maintenant elle sent vraiment que Elle avait tant espéré un miracle ! 

l'heure approche où son enfant va la quitter. 

Mais papa, courageusement, récite les 
« Ne pleure pas, maman ! C'est vers le prières des agonisants : 

paradis que je pars... » 

« Quand mes pieds, immobiles, m'aver- 
Pour ne pas laisser son fils voir ses tiront que ma course en ce monde est près 

larmes, maman sort de la chambre et va de finir, miséricordieux Jésus, ayez pitié 

s'asseoir sur l'escalier de bois extérieur. de moi ! 



139 Quand mes mains tremblantes ne 
pourront plus Vous serrer, ô Jésus 
crucifié, ayez pitié de moi ! 

Quand mon âme paraîtra devant Vous 
et qu'elle verra pour la première fois 
l'éclat de votre majesté, ayez pitié de moi 
afin que je chante éternellement vos lou- 


140 Le petit malade tend les bras et il 
s'écrie : 

« C'est tout ce que je désire, papa, 
chanter éternellement les louanges de 
Jésus ! Àu revoir, papa... » 

Soudain, Dominique se redresse et dit, 
le visage i luminé : 

« Oh ! papa, comme c'est beau ce que 
je vois ! » 


anges... » 










141 Un soupir, un léger souffle... C'est 
fini. Dominique repose la tête sur 
l'oreiller. Il ne bouge plus. Il est entré 
dans l'éternité. 

Ses petits frères et soeurs contemplent 
maintenant leur grand frère endormi dans 
le Seigneur. 


142 Quand, le 10 mars. Don Bosco, par 
une lettre du papa, apprend la mort 
de Dominique, il réunit tous les fc enfants. 

Lorsqu'il raconte la manière dont Domi- 
nique est parti pour le ciel^ une émotion 
extraordinaire gagne tous les assistants. 

Chacun pense : « Notre petit camarade 
était un véritable saint ! » 



143 Quelques semaines après, en avril 
1857, Dominique apparaît à son 
père pendant la nuit. Il est tout resplen- 
dissant de lumière. Son père n'en peut 
croire ses yeux... 

« Mais oui, papa, c'est moi. Ne t'in- 
quiète pas, je suis en paradis et je te 
protégerai, ainsi que maman et tous mes 
frères et soeurs. » 


144 En 1858, Don Bosco rédige la vie 
de Dominique. 

Beaucoup de personnes commencent à 
l'invoquer, et l'on apprend que des grâces 
extraordinaires sont obtenues. 

Don Bosco est obligé de réimprimer 
plusieurs fois la vie de son cher élève. 










145 Une vingtaine d'années plus tard, a 
lieu un événement inattendu : Don 
Bosco voit en esprit Dominique au paradis, 
et voici ce qu'il raconte lui-même à ses 
enfants : 

« Il me sembla être sur une colline, en 
bordure d'une grande plaine transformée 
en jardin d'une incomparable beauté. 


146 Tandis que j'étais là, saisi d'admi- 
ration, une musique délicieuse parvint 
à mes oreilles, des chants s'élevèrent, for- 
mant un choeur immense, très harmonieux. 

Puis, s'avancèrent vers moi des jeunes 
gens par groupes, j'en reconnus un bon 
nombre. 



147 C'étaient les élèves de l'Oratoire 
de Turin et des maisons salésiennes 
d'alentour qui étaient morts les années 
précédentes. 

La longue robe qu'ils portaient était un 
peu différente chez les uns et chez les 
autres, mais tous avaient autour de la 
taille une ceinture rouge magnifique. 



148 En tête du groupe marchait un 
merveilleux jeune homme. 


Sa robe à lui était blanche et semée de 
diamants. Sa ceinture était ornée de perles. 
Il était couronné de fleurs, et une lumière, 
belle comme celle d'un matin de printemps 
qui ne serait pas de la terre, illuminait 
toutes choses. 







149 Le jeune homme s'avança vers moi, 
et je reconnus Dominique Savio. 

À deux pâs de moi, il s'arrêta, et, tout 
de suite, musique et chants cessèrent. Ce 
fut un grand silence. Alors, Dominique 
me dit : 

« Dieu m'envoie vers vous. Don Bosco, 
pour vous parler... 


150 — Mais, où es-tu, Dominique? 

— Je suis au pays du bonheur... 

— C'est donc là la récompense des 
élus ? 

— Oh ! ce que vous voyez. Don Bosco, 
n'est qu'une image. Le paradis, aucun oeil 
humain ne peut le voir sur terre... 



151 — Mais, cette belle lumière? 

— Ce n'est qu'une lumière naturelle 
un peu plus vive. Celle du ciel est infini- 
ment plus belle... » 

La conversation continua sur les beautés 
du paradis. À ce moment-là, Dominique 
me montra un magnifique bouquet qu'il 
tenait à la main. 


152 II y avait des violettes, des roses, des 
gentianes, des lis et des épis de blé. 

« Ces fleurs représentent les vertus 
préférées du Bon Dieu... 

— Dis-moi, Dominique, quelle est la 
vertu qui t'a paru la plus importante au 
moment de mourir ? 









153 — Je vais vous le dire. Don Bosco, 
c'est la dévotion à la sainte Vierge. 
Dites-le bien à tous les enfants : qu'ils ne 
manquent pas de l'invoquer souvent tant 
qu'ils sont en vie, son assistance au moment 
de la mort se fera alors toute-puissante 
pour eux... 

— Qu'as-tu encore à m'annoncer, Do- 
minique ? 


154 — L'an prochain, huit de vos enfants 
seront appelés par le Bon Dieu à 
quitter cette terre. Mais ne vous inquiétez 
pas, le sacrifice de leur vie obtiendra des 
grâces précieuses à votre Famille religieuse. 
Le Saint-Père recevra, lui aussi, sa récom- 
pense. Mais l'Eglise continuera son oeuvre 
d'évangélisation sous la direction d'un 
grand Pape... » 




155 Alors, dit Don Bosco, je m'élançai 
pour essayer de lui prendre les mains, 
mais elles étaient insaisissables comme l'air, 
et je ne touchai rien. 

« Je voudrais tant toucher tes mains, 
Dominique ! De quoi donc sont faites tes 
apparences ? Car c'est bien toi que je 
vois ici... 


156 - — Oh! Don Bosco, quand, par la 
volonté de Dieu, une âme séparée 
de son corps vous apparaît, elle ne vous 
offre que la forme du corps qu'elle avait 
sur la terre. On croit avoir affaire à de 
vraies mains, à de vrais pieds, à un vrai 
visage, mais ce n'est qu'un esprit insaisis- 
sable... 







157 — Une dernière question, Domi- 
nique : mes chers enfants sont-ils sur 
le chemin du ciel ? 


158 En tête de la seconde liste, il y avait : 

vulnerati. 


— Vos enfants peuvent se classer en 
trois groupes. Don Bosco. Regardez ces 
listes... » 

Sur la première, il y avait en tête un 
mot latin : invulnerati, c'est-à-dire ceux 
dont l'âme n'avait jamais été blessée par 
le péché mortel. 


C'était la liste de tous ceux qui avaient 
eu le malheur de perdre la grâce de Dieu 
et qui, par une bonne confession, et de 
généreux efforts, avaient obtenu la guérison 
de leur âme. 



159 H y avait, hélas! une troisième liste 
qui indiquait ceux qui avaient besoin 
de se convertir. 

« Retenez bien leur nom. Don Bosco, 
et demandez-leur de se confesser sans 
tarder... » 

Puis, lentement, la vision disparut. » 

Tu devines avec quelle émotion les 
assistants entendirent cette confidence ! 


160 L'année suivante, les prédictions de 
Dominique se réalisèrent exacte- 
ment : 

Le Pape Pie IX mourut. Léon XIII 
commença un glorieux pontificat de plus 
de vingt-cinq années. 

Et Don Bosco perdit huit de ses disciples. 









161 Le 31 janvier 1888, Don Bosco 
mourait à son tour. Il avait annoncé : 

« Nous aurons des jeunes gens élevés 
aux honneurs des autels... » 


162 Le 5 mars 1950, le Pape Pie XII 
déclarait « bienheureux » Dominique 
Savio, trois mois et demi avant la canoni- 
sation d'une petite fille qui a préféré être 
assassinée plutôt que de commettre un 
gros péché. 


Lui-même devait être canonisé le jour Cette petjfe ti || e une | ta | ienne e || e 

de Pâques 1934, par le Pape Pie XI. aussi, s'appelle Maria Goretti. 



163 Mais les miracles obtenus par l'inter- 
cession de Dominique n'ont cessé de 
se multiplier. Essaie de le prier et tu verras... 


Le 12 juin 1954, sur la place Saint- 
Pierre à Rome, quinze jours après la cano- 
nisation de Pie X, Dominique est proclamé 
saint, en même temps que saint Pierre 
Chanel. 



164 Désormais, tous les garçons du monde 
ont en Dominique Savio un merveil- 
leux protecteur. 

Demande-lui la grâce de lui ressembler 
et de garder toujours, à son exemple, un 
coeur bien pur et une âme toute confiante 
envers Notre-Dame. 

Pourquoi, toi aussi, ne deviendrais-tu 
pas un saint ? 






TABLE DES MATIÈRES 


Naissance de Dominique. Ses parents 1-4 

Baptême et petite enfance 5-9 

Piété précoce 10-16 

Dominique enfant de chœur 17-22 

Première communion 23-31 

Résolutions 32-33 

Dominique écolier 34-43 

Il veut devenir prêtre 44 

Comment il s’efforce de ressembler à Jésus 45-48 

Confirmation 49 

Don Bosco et son œuvre 50-53 

Rencontre de Dominique et de Don Bosco 54-58 

Départ pour Turin 59-61 

Etudes à l’Oratoire 62-68 

La proclamation du dogme de l’Immaculée-Conception 69-71 

Dominique veut devenir un saint 72 

« Un saint triste est un triste saint » 73-76 

Dominique empêche un duel 77-83 

Son exemple convertit ses mauvais camarades 84-88 

Fondation de la Compagnie de PImmaculée-Conception 89-93 

Don Bosco développe chez ses enfants l'amour de l'Eglise 94-99 

Dominique et l’Eucharistie 100-104 

Piété et zèle pour le salut des âmes 105-113 

Maladie et convalescence au pays natal 114-115 

A sa mère souffrante, Dominique prédit la guérison 116-122 

11 tombe de nouveau malade 123-125 

Adieux à Don Bosco et retour à Mondonio 126-129 

La santé de Dominique décline 130-135 

Derniers moments et sainte mort 136-142 

Dominique apparaît à son père 143 

Don Bosco écrit la « vie » de son élève 144 

Celui-ci lui apparaît vingt ans plus ta-rd 145-159 

Les prédictions de Dominique se réalisent 160 

Glorification de Don Bosco et de Dominique 161-163 

Un protecteur et un modèle pour les jeunes 164